Aide-mémoire N° 210 Février 1999
L'ARSENIC DANS L'EAU DE BOISSON
L'arsenic, élément naturel de la croûte terrestre dans certaines
régions du monde, peut être présent dans de l'eau qui s'est écoulée le
long de roches riches en arsenic. La consommation d'eau contenant de
l'arsenic pendant de longues périodes comporte un risque et, dans
certains pays, les effets sur la santé sont bien connus. Au Bangladesh,
au Bengale occidental (Inde) et dans certaines autres régions, l'eau de
boisson était autrefois puisée dans des rivières ou des mares ne
contenant guère ou pas d'arsenic mais il s'agissait d'eau contaminée
transmettant des maladies comme la diarrhée, la dysenterie, la fièvre
typhoïde, le choléra ou l'hépatite. Des programmes destinés à fournir de
l'eau potable "sûre" ont contribué à enrayer ces maladies mais, en
certains endroits, ils ont eu pour effet secondaire inattendu d'exposer
la population à un problème de santé nouveau - l'arsenic.
LES FAITS ESSENTIELS
- L'absorption d'arsenic par l'être humain est plus souvent associée
à l'alimentation, par exemple poissons et coquillages, qu'à l'eau de
boisson. Toutefois, l'arsenic présent dans le poisson est la plupart
du temps de l'arsenic organique de faible toxicité. L'eau de boisson
représente de loin le plus grand danger car l'arsenic contenu dans les
eaux souterraines est essentiellement inorganique et de plus forte
toxicité.
- L'arsenic est largement répandu dans toute la croûte terrestre et
est utilisé à des fins commerciales, principalement dans les alliages.
Sa présence dans l'eau provient de la dissolution de roches et de
minerais, des effluents industriels et de dépôts atmosphériques; dans
certaines régions, les eaux souterraines en contiennent parfois des
quantités importantes en raison de l'érosion.
- Les symptômes les plus couramment signalés en cas d'exposition
chronique à l'arsenic sont l'hyperpigmentation, la dépigmentation, la
kératose et des troubles vasculaires périphériques. Cette exposition
peut également entraîner un cancer de la peau et divers cancers
internes. D'autre part, des maladies cardio-vasculaires et
neurologiques se sont avérées être associées à l'ingestion d'arsenic
et à l'exposition à l'arsenic.
- Il n'y a pas de consensus sur la définition de l'intoxication par
l'arsenic.
- Il n'y a pas forcément de corrélation entre de fortes
concentrations d'arsenic dans un puits communal et la fréquence des
symptômes de l'exposition à l'arsenic dans la population.
- Des études donnent à penser que la malnutrition et l'hépatite B
accentuent les effets de l'intoxication par l'arsenic et que les
concentrations d'arsenic dans des puits très proches les uns des
autres peuvent varier énormément.
QUESTIONS A RESOUDRE ET PRINCIPAUX PROBLEMES
- Il convient d'étudier plus en détail l'importance pour la santé
humaine d'autres sources d'exposition à l'arsenic, par exemple la
chaîne alimentaire, de même que les relations entre le régime
alimentaire/la nutrition et les effets à long terme de l'arsenic ainsi
que les rapports dose-réponse et dose-effet dans l'eau de boisson.
- Les effets sur la santé de la consommation d'une eau de boisson
contaminée par l'arsenic se font sentir tardivement. Les lésions
cutanées, qui se manifestent généralement les premières, apparaissent
après une exposition minimale d'environ cinq ans.
- Le niveau réel d'absorption est souvent inconnu de sorte qu'il
n'est pas possible de prévoir les effets ultérieurs sur la santé.
- Les connaissances sur les effets sanitaires de l'arsenic sont
lacunaires et la situation est compliquée par des facteurs tels que
l'hépatite B, l'état nutritionnel et la forme sous laquelle se
présente l'arsenic.
- La principale mesure correctrice consiste à éviter une exposition
ultérieure en fournissant de l'eau de boisson sûre.
- Il est difficile de mesurer avec précision dans l'eau les
concentrations d'arsenic importantes pour la santé humaine. Il faut
encore évaluer la fiabilité des méthodes de terrain.
- La technique permettant d'éliminer l'arsenic de l'eau fournie par
canalisations ne représente qu'un coût modéré mais elle exige des
compétences techniques. Elle est inapplicable dans la plupart des
zones rurales et dans certaines zones urbaines de pays en
développement.
- Il n'existe pas de techniques avérées pour éliminer l'arsenic dans
des points d'eau tels que les puits.
- Il existe peu de techniques simples pour éliminer l'arsenic dans
l'eau à domicile; ces techniques doivent être adaptées et faire la
preuve de leur pérennité dans chaque contexte.
DIRECTIVES OMS DE QUALITE POUR L'EAU DE BOISSON
Les Directives OMS de qualité pour l'eau de boisson sont
destinées à servir de base pour l'élaboration de normes nationales,
compte tenu des conditions environnementales, sociales, économiques et
culturelles locales ou nationales. La dernière édition des Directives
(1993) précise ce qui suit:
- Il est prouvé que l'arsenic inorganique est cancérogène pour
l'homme.
- En vue de réduire la concentration de ce contaminant cancérogène
dans l'eau de boisson, une valeur guide provisoire de 0,01 mg/litre a
été établie pour l'arsenic.
- Dans une version antérieure des Directives, la valeur guide avait
été fixée à 0,05 ml/litre. De nombreux pays ont conservé cette valeur
comme norme nationale ou bien comme cible intérimaire avant de
s'attaquer au problème de l'exposition à des concentrations
inférieures mais malgré tout importantes (dans la gamme 0,01-0,05).
- La valeur guide de 0,01 pour l'arsenic est provisoire en raison de
l'absence de méthodes d'analyse appropriées. Dans une perspective
sanitaire, elle serait encore plus faible.
Une monographie technique sur la maîtrise des risques sanitaires liés
à la présence d'arsenic dans l'eau de boisson doit être préparée en
collaboration avec d'autres institutions. Elle s'attaquera au problème
du manque d'information, présentera une stratégie de base pour faire
face au problème et s'attaquera aux aspects chimiques, toxicologiques,
médicaux, épidémiologiques, nutritionnelles et de santé publique ainsi
qu'à la question des techniques d'élimination et de la gestion de la
qualité de l'eau. Une mise à jour de la monographie sur l'arsenic
(Critères d'hygiène de l'environnement, Programme international OMS de
Sécurité chimique), qui portera sur tous les aspects des risques pour la
santé humaine et l'environnement, est également en préparation.
METHODES DE DETECTION DE L'ARSENIC
- Pour mesurer la concentration en arsenic de l'eau de boisson, il
faut traditionnellement procéder à une analyse en laboratoire, souvent
avec des appareils complexes et coûteux (spectrophotomètres
d'absorption atomique) qui demandent des installations spéciales et un
personnel qualifié (jugé onéreux dans les pays en développement). Même
là où l'on dispose de ces appareils, le contrôle de qualité et la
validation externe peuvent encore faire problème.
- Les doutes quant à la fiabilité des résultats des analyses peuvent
troubler les esprits et préoccuper les gens; selon une évaluation
faite par l'OMS au Bangladesh, des trousses disponibles permettent de
déceler des concentrations élevées d'arsenic mais on peut aussi
obtenir des résultats négatifs pour des concentrations préoccupantes
pour la santé humaine.
- Des nouvelles techniques de traitement, notamment par
co-précipitation, échange d'ions, filtration sur alumine activée ainsi
que des paquets chimiques pour le traitement à domicile sont en cours
d'expérimentation.
- Certaines études ont montré que, dans un premier temps, des
sachets de produits chimiques pour le traitement à domicile avaient
donné de bons résultats. Certains mélanges associent élimination de
l'arsenic et désinfection de l'eau. Un composé, mis au point par le
Centre panaméricain OMS/OPS de Génie sanitaire et des Sciences de
l'Environnement (CEPIS) à Lima (Pérou) a fait ses preuves en Amérique
latine.
- L'acceptabilité et un coût abordable pour la population
éventuellement touchée sont aussi importants pour la pérennité des
interventions que leurs aspects techniques et économiques, et une
évaluation s'impose.
BESOINS URGENTS
- Matériel d'analyse de terrain simple, fiable et peu coûteux.
- Collecte d'informations plus complètes et diffusion de toutes les
données.
- Techniques fiables pour éliminer l'arsenic dans les puits et à
domicile.
SITUATION DANS LE MONDE
Les effets retard de l'intoxication par l'arsenic, l'absence de
définitions communes, les lacunes de la notification et le peu de
sensibilisation locale dans les zones touchées sont les sur lesquels
bute la détermination de l'ampleur du problème que constituent la
présence d'arsenic dans l'eau de boisson et la mise au point de
solutions appropriées. Toutefois, l'Organisation mondiale de la Santé a
recueilli des rapports sur la présence d'arsenic dans l'eau de boisson
dans des pays comme l'Argentine, le Bangladesh, la Chine, le Chili, les
Etats-Unis d'Amérique, le Ghana, la Hongrie, l'Inde, le Mexique ou la
Thaïlande, et l'on peut se procurer auprès du Siège de l'OMS à Genève
davantage de détails sur la situation dans ces pays. L'OMS s'emploie à
mettre au point des interventions qui puissent être appliquées non
seulement au Bangladesh, mais aussi dans tous les pays où il faudrait
empêcher que l'arsenic contamine les sources normales
d'approvisionnement en eau de boisson (voir plus bas la partie sur les
activités de l'OMS).
SITUATION AU BANGLADESH
La présence d'arsenic dans l'eau de boisson au Bangladesh retient
tout particulièrement l'attention, notamment parce qu'il s'agit d'un
problème nouveau (pour la population mais aussi pour les professionnels
concernés), en raison du nombre de personnes qui pourraient être
exposées et à cause de la crainte d'effets ultérieurs catastrophiques
pour la santé du fait de l'eau déjà consommée.
Les faits
- D'après les résultats d'environ 25 000 tests effectués
sur des puits à l'aide de trousses de terrain, on a trouvé dans 20%
des cas des concentrations élevées d'arsenic (plus de 0,05 mg/l).
Trente-sept des 64 districts comptent au moins 5% de puits dont
l'eau présente cette concentration. Dans ces études, les puits
n'avaient pas été choisis au hasard, et leur proportion ne correspond
pas à la proportion réelle des puits contaminés.
- Le nombre de personnes consommant de l'eau contaminée par
l'arsenic a augmenté depuis 25 ans en raison du forage de puits
et de la croissance démographique. Il risque donc de s'accroître
encore; ce sont les lésions cutanées qui sont jusqu'ici les
fréquentes.
- La norme nationale pour l'eau de boisson reste élevée:
0,05 mg/l.
- Les responsables sanitaires de district et de sous-district ainsi
que les agents de santé ne sont pas suffisamment informés des
symptômes de l'intoxication par l'arsenic ni des mesures à prendre.
- Le manque d'information fiable empêche d'agir à tous les niveaux
et pourrait même susciter des réactions de panique, exacerbées par la
publication de rapports trompeurs. Il faut mettre en place de bonnes
filières d'information pour les personnes touchées et concernées. Lors
d'une réunion récente du Réseau mondial de recherche appliquée
(GARNET), les participants ont déploré l'absence d'information fiable
à la base - seules 20% des organisations non gouvernementales
(ONG) locales présentes connaissaient vraiment l'ampleur et la nature
du problème.
- La malnutrition et l'hépatite B, deux problèmes répandus au
Bangladesh, contribuent à accentuer les effets de l'intoxication par
l'arsenic.
Généralités
- Ces dernières années, l'une des mesures de santé publique les plus
efficaces dans le pays a consisté à mener un important programme de
construction de puits qui, avec d'autres mesures concernant l'eau,
l'assainissement et l'hygiène, a débouché sur un recul très net de
l'incidence des maladies diarrhéiques.
- Il y a environ 900 000 puits communaux et
1,6 million de puits privés. Plus de 95% de la population du
Bangladesh (120 millions d'habitants) boit de l'eau de puits.
Jusqu'à la découverte de l'arsenic dans des eaux souterraines en 1993,
l'eau de puits était considérée comme une eau de boisson sûre. Seule
une petite proportion de la population est alimentée en eau par
canalisation.
- Etant donné l'ampleur des tests requis et la nécessité de fournir
une rétro-information aux gens qui boivent de l'eau de puits, il
faudrait utiliser des trousses d'analyse de terrain. Il en existe
plusieurs, mais il est difficile de les trouver au Bangladesh.
- On reconnaît que la contamination des eaux souterraines par
l'arsenic au Bangladesh est d'origine géologique. L'arsenic provient
des couches géologiques souterraines et il y a deux grandes théories
quant à l'origine de cette contamination :
- Oxydation de la pyrite. A la suite du pompage, de l'air ou
de l'eau contenant l'oxygène dissous pénètre dans le sol, d'où
décomposition des sulfures et libération de l'arsenic.
- Réduction des oxyhydroxydes. L'arsenic est naturellement
transporté et absorbé sur de fines particules d'oxyhydroxydes de fer
ou de manganèse qui se décomposent lentement.
- On admet de plus en plus que la seconde théorie est l'explication
la plus vraisemblable.
Actions en cours
Au Bangladesh, plusieurs comités consultatifs techniques ont été
créés par les autorités, et il a été mis en place un mécanisme de
coordination entre les organismes d'appui extérieur intéressés. Cette
collaboration, qui comprend des travaux avec des instituts locaux, a
notamment permis de mettre à l'essai de nouvelles techniques de
traitement.
Il a été créé un Comité gouvernemental de coordination pour
l'arsenic, sous l'autorité du Ministère de la Santé et du Bien-Etre de
la Famille, ainsi que plusieurs comités techniques. Le Gouvernement
bénéficie à cet égard d'un appui international considérable; c'est ainsi
qu'en août 1998, la Banque mondiale a approuvé un crédit de
$32,4 millions pour aider le Bangladesh à faire face au problème de
la contamination de l'eau. Jusqu'ici, de nombreuses initiatives ont été
axées sur le contrôle de la qualité de l'eau, de manière à fournir une
eau de boisson exempte d'arsenic, le but étant de réduire le risque de
complications ultérieures et de maladies liées à l'exposition à
l'arsenic.
Compte tenu de la situation actuelle et du peu de données
disponibles, il ne s'offre que quelques options fiables pour fournir une
eau de boisson sûre au Bangladesh, notamment installation de pompes
manuelles peu profondes pour les zones où l'on n'a pas décelé d'arsenic,
fourniture d'eau exempte d'arsenic provenant de nappes aquifères plus
profondes (>100 ou 200 m), récolte de l'eau de pluie, filtration
sur sable en bassin, traitement à domicile des seaux d'eau et, enfin,
alimentation en eau par canalisations à partir de sources sûres ou
traitées.
Mesures prises par l'OMS
L'équipe OMS chargée de la salubrité de l'environnement au Bangladesh
apporte une aide au Gouvernement du pays depuis que l'on a pris
conscience du problème (1994), essentiellement en fournissant des
compétences techniques.
En 1997, l'OMS a reconnu que la présence d'arsenic dans l'eau de
boisson constituait un "problème de santé publique majeur" auquel il
fallait s'attaquer de toute urgence et elle a lancé un programme élargi
d'activité en 1998. Des études ont été menées conjointement avec des
instituts locaux pour expérimenter des techniques d'élimination de
l'arsenic à domicile et analyser la qualité d'autres sources d'eau de
boisson. Ce programme va être élargi encore en 1999. L'initiative,
lancée dans un cadre interinstitutions, fait appel à des partenaires
d'autres institutions des Nations Unies comme l'UNESCO, l'AIEA,
l'UNICEF, l'ONUDI, la FAO et la Banque mondiale.
Il est peu probable que le problème qui se pose actuellement au
Bangladesh puisse être résolu sans que soient mises durablement au point
des mesures techniques fiables adaptées à la situation de ce
pays.
Pour
plus d'informations, les journalistes peuvent prendre contact avec le
Bureau du porte-parole, OMS, Genève. Tél. (41 22) 791 2599 ; télécopie:
(41 22) 791 4858 ; adresse électronique : inf@who.int
Tous les
communiqués de presse, aide-mémoire OMS et d'autres informations sur le
sujet peuvent être obtenus sur Internet à la page d'accueil de l'OMS :
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